Traités européens d’austérité : « Ne négocions pas le poids des chaines, mais brisons-les ! »

Ce matin, le Parlement bruxellois discutait d’une résolution sur les traités européens d’austérité. Une « grande alliance », allant du PS à la NVA, en passant par le cdH et les écologistes, déposait une résolution (motion) qui reconnait que la réglementation budgétaire européenne empêche les pouvoirs publics de réaliser des investissements nécessaires pour faire face aux enjeux sociaux et écologiques. Malgré la gravité de la situation, la résolution se contente d’un appel symbolique pour « assouplir » les règles qui étranglent les pouvoirs publics, sans les remettre réellement en question. Le PTB a donc voté contre cette résolution. Michael Verbauwhede, député régional du PTB, a critiqué l'hypocrisie des autres partis et a rappelé : « ces carcans budgétaires et comptables européens sont comme des chaines. Elles sont terribles et ont des conséquences dramatiques sur les besoins de la population et l’économie. Il ne s’agit pas de négocier le poids des chaines, mais bien de s’en libérer ! »
 

Face aux défis sociaux et écologiques, nous avons besoin d'investissements publics.

Dans son intervention, le député PTB, a rappelé que les peuples européens vivent une crise économique, sociale et environnementale profonde : chômage de masse, licenciements, attaques contre les acquis sociaux, réductions des salaires, rallongement des carrières, et désinvestissements publics dans toute une série de domaines centraux (éducation, soins de santé, logement, transports, etc.), réchauffement climatique, etc. « Face aux énormes défis que l’on connait aujourd'hui, nous devons relancer un des moteurs grippés de l’économie : les investissements publics. Les défis sont gigantesques : c’est la galère pour trouver une place dans une école ou dans une crèche, les gens attendent jusqu’à 10 ans pour avoir un logement social, la pollution de l’air de Bruxelles tue prématurément des centaines de personnes par an, les transports en commun doivent être développés,  nous devons investir massivement dans l’énergie verte et l’isolation des habitations, etc. Nous devons y apporter des solutions collectives.»


Une Union Européenne pour les multinationales ou pour les peuples?

L’Union européenne a toujours été une construction pour les multinationales européennes. Le lobby des organisations patronales (BusinessEurope, ERT -Table Ronde des industriels Européens-) est terriblement puissant. Ce lobby a poussé, grâce à la crise de 2010-2012, à la mise en place de règles budgétaires d’austérité au niveau européen. Car les crises sont toujours des moments propices pour forcer les événements. [1]» Le député du PTB a critiqué l’hypocrisie des partis au gouvernement : « Vous tous, vous avez voté ces règles en 2013 : PS, SPA, CDH, FDF, MR, ECOLO, Groen, VLD, NVA, CD&V. Et maintenant, vous vous rendez compte qu’elles sont tout sauf intelligentes. Bravo… Les syndicats et la société civile vous avaient pourtant prévenu à l’époque », a asséné Michael Verbauwhede.

« En ce qui concerne la construction européenne, le PTB prône de repartir d’une page blanche, de revoir fondamentalement les traités européens. En commençant par supprimer les traités d’austérité et les carcans budgétaires et comptables imposés aux dépenses publiques. L’économiste T. Piketty signait en 2015 une carte blanche qui disait qu’on était face à un choix. Soit on va revoir en profondeur la politique européenne, pour lui donner une perspective positive. Une construction européenne qui part des besoins de la population et pas des besoins des lobbies patronaux. Soit on verra le repli sur soi nationaliste, la montée des Wilders, Farage, Le Pen et autres. Pour le PTB, la meilleure manière de lutter contre les Le Pen, Wilders et Farage, c’est de supprimer ces règles européennes ! »
 

L'austérité ne vient pas que de l'Union Européenne.

Le député du PTB a aussi rappelé que la baisse des investissements publics dure depuis 30 ans. « C’est un peu facile de dire que c’est la faute des normes européennes. En Belgique, les investissements publics ont baissé depuis les années ’80 et les gouvernement Martens-Gol. À l’époque il n’y avait pas de TSCG (le traité d’austérité européen[2]). Il n’y avait pas de normes comptables SEC 2010 [3]. C’étaient des choix politiques d’austérité clairs que vous avez soutenus. »

Michael Verbauwhede a aussi pointé le fédéralisme à la sauce belge. « Les Régions et communes sont aujourd’hui en charge de plus de compétences et d’infrastructures importantes. Mais elles n’ont pas les moyens pour investir et répondre aux besoins en transports en commun, routes, écoles, crèches, logements, environnement, etc. Cela aggrave aussi la situation. »
 

Et de conclure : « Pour le PTB, c’est la logique même des traités d’austérité et la logique générale de cette construction européenne qu’il faut remettre en cause. Car elles sont basées sur les inégalités et la concurrence, dans l’intérêt des multinationales et des lobbies patronaux. La résolution est très timide : la preuve, même la NVA la soutient ! Le PTB invite plutôt la Région à aller plus loin. Nous devons oser remettre en cause le cadre européen de manière plus claire encore. Il faut le dire haut et fort : ces carcans budgétaires et comptables européens sont des chaines. Elles sont terribles pour la population, ses besoins et l’économie. Il ne s’agit pas de négocier leur poids, mais bien de s’en libérer ! »

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[1] Pour plus d’informations sur le hold up démocratique des multinationales européennes, n’hésitez pas à regarder ByeBye Europe, la Web Série basée sur le best-seller "Comment osent-ils?- L’euro, la crise et le grand hold-up" de Peter Mertens, le président du PTB.
http://buybuyeurope.eu/fr#.WQx6IdxcLcs

[2]
Le TSCG (traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance) pose le principe de l'équilibre des budgets des administrations publiques : la fameuse règle d’or (on ne peut pas dépenser plus que ce qui rentre). Le déficit d’un budget peut être de maximum 0,5% du PIB.  Et la limite de la dette est à 60% du PIB et en cas de dépassement, l'écart doit se réduire au rythme moyen d'un vingtième de la dette par an.

[3] Les normes comptables SEC (Système européen de compte) 2010 imposent de comptabiliser les investissements en une fois, dans l’année au cours de laquelle ils sont engagés. On ne tient ainsi pas compte des amortissements. Par exemple : si une commune décide de construire des logements sociaux, elle devra inscrire tout l’investissement l’année où la construction a lieu, alors qu’auparavant, elle pouvait étaler cet investissement (« l’amortir ») sur plusieurs années