Pour la première fois, un immeuble vide est réquisitionné pour loger des sans-abris à Bruxelles

Cette première bruxelloise a été obtenue par le collectif « la Voix des Sans-Papiers » grâce à une large mobilisation citoyenne. Un exemple de plus qui prouve que la lutte paie. Le travail de sensibilisation, de mobilisation et d'organisation des sans-papiers et de leurs nombreux soutiens a permis de faire bouger les lignes politiques. Vincent De Wolf, le bourgmestre d'Etterbeek (MR) a été contraint de réquisitionner un immeuble privé inoccupé pour loger les sans-papiers du collectif « la Voix des Sans-Papiers ».

Le collectif avait occupé un bâtiment vide à Etterbeek il y a plusieurs jours mais le vendredi 21 juillet, la police et les autorités communales les menaçaient d'expulsion. La mobilisation exemplaire et la grande médiatisation ont mis la pression nécessaire sur la majorité etterbeekoise MR-PS-Ecolo, qui a finalement cédé. Cette lutte de 3 jours a rassemblé autour d'elle les syndicats en front commun, de nombreuses organisations comme Tout Autre Chose, le MRAX, la Ligue des Droits de l'Homme, ADES ou SOS Migrants, mais surtout de nombreux Etterbeekois solidaires.

Cette première victoire partielle (ils sont relogés jusqu'au 14 septembre) répond à une situation d'urgence, mais elle constitue surtout victoire symbolique importante. C'est la première application en Région bruxelloise du droit de réquisition par un bourgmestre d’un immeuble vide au bénéfice de sans-abris.

Ensemble on est plus fort ! L'inégalité des droits et le racisme permettent au capitalisme d'utiliser les travailleurs sans-papiers comme banc d'essai du démantèlement des droits sociaux et politiques de tous les travailleurs. Il s'agit d'une première victoire pour le mouvement dans la lutte pour la dignité des travailleurs sans-papiers qui en appelle d'autres. Et une opportunité de convergence des luttes avec celle du droit au logement des sans-abris en général. Une victoire qui doit pousser l'ensemble des communes à prendre des mesures quand on sait que le nombre de sans-abris aujourd'hui estimé à plus de 17.000 en Belgique ne cesse d'augmenter et ce particulièrement dans les grandes villes comme Bruxelles. Le PTB sera attentif et continuera a soutenir le mouvement en se mobilisant pour qu'il y ait une issue au-delà du 14 septembre et que cela serve d’exemple à d’autres communes.

La force du collectif

Le collectif « la Voix des Sans-Papiers » s’est constitué suite à la marche européenne des migrants en 2014 qui a atteint Bruxelles en juin. Il a inauguré cette même année l’occupation de bâtiments vides, celle d’un ancien home à Molenbeek. Acte éminemment politique pour exiger notamment une régularisation massive des travailleurs sans-papiers en Belgique. Deux ans plus tard, en septembre 2016, ils en sont expulsés par la majorité MR-CDH-Ecolo. Depuis le collectif a erré de lieux en lieux.

Cette fois-ci il a décidé d’adopter une nouvelle stratégie avec l’occupation festive de l’Institut reine Fabiola à Etterbeek : ne plus se cacher et sortir au grand jour le 21 juillet, jour de la fête nationale. Au début des négociations avec le bourgmestre et les forces de police, la tension est palpable et la menace des autorités de les expulser du bâtiment n’augure rien de positif. Mais quelques 200 personnes sont déjà présentes en soutien et une solution très provisoire se dessine : reloger les sans-papiers dans le Hall des sports de la Commune pour le week-end, en continuant les négociations.

Le rapport de force et la mobilisation grandissante ont forcé les autorités à trouver une solution. Le dimanche 23 juillet en fin d’après-midi, le bourgmestre De Wolf émet un avis de réquisition inédit et historique à Bruxelles qui permet aux 65 personnes d’être relogées jusqu’au 14 septembre dans le bâtiment d’un ancien home avenue d’Auderghem. Cet arrêté communal de réquisition se base sur le droit au logement inscrit dans la Constitution belge et pourrait, avec un minimum de volonté politique, devenir un cas d’école pour loger des sans-papiers et aussi des sans-abris dans d’autres communes.

Témoignage de Bady, sans-papier d'origine mauritanienne et actif dans le collectif

« J’ai 28 ans et je suis originaire de Nouakchott, capitale de la Mauritanie. Un recensement ethnique qui a eu lieu en 2011 et l'inégalité raciale qui en découle ont déclenché des manifestations dans les populations noires, les plus pauvres. Pour y avoir participé, j'ai été emprisonné et maltraité pendant plusieurs jours. En 2012, je me suis décidé à quitter mon pays, avec l'aide de mon oncle et de mon grand-père, et rejoindre directement la Belgique par bateau. Mais ma demande d’asile a été rejetée et je me suis retrouvé à la rue à Bruxelles.

Nos revendications sont le droit à obtenir des papiers, pour travailler, payer des impôts et contribuer à la collectivité et pas le droit à profiter du système. Je ne suis pas venu en Europe simplement pour le plaisir mais pour fuir les violences. J'espère que les autres communes bruxelloises prendront Etterbeek comme modèle pour réquisitionner des immeubles vides, pour les sans-papiers mais plus largement aussi pour le droit au logement pour tous ».

 

David Colens et Petya Obolensky

 

(Photo : Frédéric Moreau de Bellaing)