Plan de transport 2017 SNCB à Bruxelles : l’ambition laissée au placard…

Des trains plus tôt et plus tard, des connexions plus rapides avec d’autres villes, plus de trains à l’intérieur de la Région : le plan de transport 2017 pour Bruxelles présenté ce 28 mars semble aller dans le bon sens. C’est le but du « RoadShow » organisé par la SNCB. Mais à y regarder de plus près, c’est plutôt le manque d’ambition et le fait qu’il soit incertain qui saute aux yeux…

La SNCB a aujourd’hui présenté son nouveau plan de transport pour la Région de Bruxelles-Capitale qui sera appliqué à partir de décembre 2017. Le plan de transport, c’est l’organisation de l’offre de trains : c’est ce plan qui détermine les lignes de train (les terminus), les horaires, les correspondances, etc. Le dernier plan de transport de décembre 2014 avait soulevé beaucoup de critiques, car il avait notamment supprimé 300 trains (surtout tôt le matin, et en soirée), et rallongé les temps de parcours de façon quasiment généralisée.

Pour 2017, si l’on en croit la direction de la SNCB, Bruxelles est une priorité. L’offre va donc y être améliorée (voir le résultat ici). Logique, avec 400.000 navetteurs qui rejoignent tous les jours Bruxelles pour venir travailler, les enjeux de mobilité dans et autour de la capitale sont énormes. Augmenter l’offre de train est indispensable.

La SNCB s’est surtout focalisée sur les lignes « S », l’offre « suburbaine » : un début de RER autour de Bruxelles, mis en place depuis un an. Cette offre « S » est améliorée : des trains qui vont plus loin, des trains plus tôt le matin, et plus tard le soir, ou encore des trains spéciaux pour les étudiants le dimanche soir. Les relations vers les autres villes du pays seraient également plus rapides (il faut dire que les temps de parcours ont fortement augmenté ces dernières années). Bref plusieurs bonnes nouvelles…

L’ambition ? Mise au placard…

Mais ce tableau présenté par la direction de la SNCB est moins beau qu’il n’y parait. D’abord, si l’offre est améliorée, c’est bien en-dessous de ce qu’il faudrait pour attirer massivement les usagers de la voiture vers le rail. « Nous sommes confrontés à un manque d’infrastructures (de rails) » dit la direction de la SNCB. En clair, les retards dans le dossier RER (notamment dans le doublement des voies, voir cet article) empêchent la SNCB de faire rouler plus de trains sur la ligne Bruxelles-Namur et Bruxelles-Nivelles/Charleroi. En conséquence, si l’objectif officiel de la SNCB est d’attirer de nouveaux usagers, les objectifs sont plutôt faibles : la direction espère une croissance de 1 à 1,5% du nombre d’usagers, alors que la moyenne sur les 16 dernières années est de plus de 4,25% (+68% de voyageurs entre 1999 et 2015) !

On sait aussi qu’un des moyens d’attirer des usagers vers le train est de réduire les tarifs. A Bruxelles, les tarifs MTB (qui permettent de rouler sur le réseau STIB et SNCB dans la capitale) ont augmenté deux fois plus vite que l’inflation. La direction de la SNCB estime que les tarifs sont trop bas par rapport aux autres pays. Clairement : s’il y a une réflexion au sein de la SNCB sur les tarifs, c’est pour les faire augmenter. Ce qui est confirmé par le fait que la SNCB prévoit que les rentrées venant des voyageurs augmentent. C'est pour cela que le PTB a déposé une résolution au parlement bruxellois pour demander, à court terme, une baisse des tarifs généralisée dans la Région bruxelloise.

Il faut également garder à l’esprit que ce plan de transport présenté pour l’instant n’est qu’un projet. Il doit encore être confirmé par le gouvernement et doit tenir compte des plan d’investissements d’Infrabel (l’entreprise qui gère les rails). Il est possible que les bonnes nouvelles soient bloquées par le gouvernement ou par les travaux que doit réaliser Infrabel sur les voies par exemple.

Enfin, un des éléments inquiétants est la diminution de milliers d’emplois chez les cheminots du aux coupes budgétaires. Car faire rouler plus de trains demande des conducteurs, des accompagnateurs, des mécaniciens pour les réparer, etc. Si la SNCB assure qu’il y aura du personnel en suffisance, rien n’indique dans quelles conditions le personnel travaillera. Les conditions de travail des cheminots sont de plus en plus dures. Dans les ateliers, les réparations sont faites à la va-vite. Les conducteurs et accompagnateurs doivent rogner sur leur temps de repos. La sous-traitance et donc le travail mal fait se généralise dans le nettoyage, l’entretien des voies, l’informatique. Bref, tout cela menace la qualité du service ainsi que la sécurité des usagers. Si les conditions de travail étaient si correctes, la SNCB n’aurait pas autant de mal à recruter le personnel nécessaire. Le plan est donc plein de bonnes intentions, mais impossible de le réaliser avec un personnel insuffisant.

#OnVautMieuxQueCa

La direction de la SNCB avait reçu 129 demandes d’améliorations de l’offre. Mais compte tenu des « moyens financiers disponibles », seulement la moitié (65) pourra être réalisée. Et c’est évidemment ici que se situe le problème. Avec 3 milliards d’€ en moins pour faire fonctionner le rail belge (20%) et des économies depuis des années sur investissements, la SNCB ne peut pas offrir mieux. C’est impossible techniquement et financièrement.

Les usagers et notre environnement méritent pourtant mieux que ça. Chaque matin, il suffit d’allumer la radio pour entendre les centaines de kilomètres de bouchons autour des grandes villes dans notre pays. 12.000 personnes décèdent chaque année à cause de la pollution. Les jeunes enfants souffrent de plus en plus souvent d’asthme. Le réchauffement climatique, du en partie à la pollution des voitures, menace la survie de l’humanité.

Le train (et plus généralement les transports en commun) peut offrir une solution à ces problèmes. Seulement, il faut décider d’y mettre les moyens. C’est une question de choix politique. Le plan de transport 2017 est une amélioration par rapport à 2014. Mais avant de disposer d’une offre de train digne de ce nom dans notre pays, avec un RER autour des grandes villes, il faudra encore attendre. Il est grand temps d’investir massivement dans les transports en commun dans notre pays.

(Lire la brochure du PTB : En route pour un service maximum)

 

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