Hémorragie sociale: le gouvernement bruxellois nous propose des sparadraps

Ce jeudi 20 octobre avait lieu la déclaration de politique générale du gouvernement bruxellois au sujet de ses priorités pour l'année. Le chef de groupe du PTB, Michael Verbauwhede, a réagi au parlement. Attentats, emploi, réforme fiscale, mobilité et logement: qu'est-ce que le gouvernement nous réserve? Voici son intervention.

C’est la moitié de la législature et j’aurais aimé vous féliciter pour des belles réalisations. Par exemple 

une diminution du taux de chômage corrélé à une augmentation du taux d’emploi,

  • une diminution du taux de risque de pauvreté,
  • une diminution du trafic de voiture et de la pollution,
  • une reprise en main du logement par les autorités publiques pour garantir à tous un logement décent
  • des places en crèche en suffisance, etc. etc.

Mais non, rien de ça. Par contre, vous tenez toujours le même discours qui nie totalement l’urgence dans laquelle notre Région vit. Le récent baromètre social 2016 publié la semaine dernière en est encore une preuve vivante.

Vous le reconnaissez d’ailleurs :«  Notre Région, plus que d’autres, concentre l’extrême précarité propre aux modèles urbains, tout en charriant une richesse qui ne profite pas assez aux plus faibles d’entre nous. » Mais non, cela ne vous pousse pas à l’ambition.

Rudi, si t’es champion, appuie sur le champignon !


Conséquences des attentats

L'image de notre Région vers l’extérieur : oui bien sûr qu’il faut s’en préoccuper. Mais quid des Bruxellois ? J’ai rencontré une Bruxelloise qui habite à Forest et travaille à Schaerbeek. Tous les jours, elle vient de Forest… à pied. Suite à la peur des attentats, elle refuse de prendre les transports en commun.

C'est très bien de lancer des campagnes internationales pour améliorer l'image de notre région. Mais quid d’une campagne pour les Bruxellois? Le traumatisme est encore présent pour les habitants.

Réforme fiscale

Vous nous parlez d’un objectif de neutralité budgétaire. On vous l’a déjà dit : quel manque d’ambition ! Bruxelles est la troisième région la plus riche d’Europe. Pourquoi ne pas développer une fiscalité plus juste, qui fait supporter aux épaules les plus solides les charges les plus lourdes ?

Nous plaidons au contraire pour une réforme budgétaire qui fasse rentrer de l’argent dans les caisses de la Région. Nous avons besoin de ressources pour faire face à tous nos besoins, j’y reviendrai. Où est le précompte immobilier progressif, qui permettrait qu'au plus on détient d’immeubles, au plus on est imposé ? Ça c’est une réforme fiscale juste socialement et ambitieuse. Où est le projet d'une taxation plus juste sur les entreprises ?

Vous parlez d’un « accès à la propriété mais aussi une politique fiscale sur le travail plus juste ».

Alors oui il y a des avancées, et je les salue, comme la suppression de la taxe de 89€.

Mais la prime de 120€ par propriétaire? Quel chipotage ! Nous avons reçu de très nombreux appels de propriétaires ayant reçu leur avertissement extrait de rôle concernant le précompte immobilier. Et qui ont vu leur PRI (précompte immobilier) augmenter. Pour toute une série de Bruxellois, débourser cette somme après le mois de septembre, souvent lourd financièrement, est très difficile.

Même en y rajoutant la suppression de la taxe forfaitaire de 89 euros, de nombreux propriétaires bruxellois risquent donc d’y perdre directement. Dans son avis du 15 septembre 2016, le Conseil économique et social constate d’ailleurs "que le tax shift régional risque de défavoriser les propriétaires à faible revenus".

Nous craignons aussi un impact sur les loyers vu l’absence d’encadrement des loyers.

Mais pourquoi ne pas avoir réalisé une réforme plus ambitieuse ?

En résumé, une fiscalité plus juste ? J’en vois même pas la couleur. Votre suppression du pourcentage de l'IPP agglo (Impôt sur les Personnes Physiques) bénéficie JUSTEMENT aux plus hauts revenus. Et rien n’indique que de faire payer les propriétaires Wallons ou Flamands… parce qu'ils sont Wallons ou Flamands soit plus juste. Vous tentez de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Emploi

Nous avons déjà dit tout le mal qu’on pense des contrats d’insertion qui sont des emplois-carrousels. Vous voulez favoriser la stabilité des Bruxellois, pour garantir l’accès à la propriété. Avez-vous déjà essayé d’obtenir un prêt auprès d’une banque en disant « j’ai un CDD d’un an » ? L’énergie et l’argent que vous mettez à créer ces contrats-carrousels ne seraient-ils pas mieux employés à créer des emplois stables, durables, avec des salaires décents ?

Idem pour les stages dans le cadre de la garantie-jeunes qui sont des jobs déguisés et sous-payés.

Je me permets une parenthèse, car le discours de certains partis ici est à géométrie variable.

Jouons à un petit jeu : qui a critiqué fortement la diminution du salaire des jeunes travailleurs au fédéral en disant : « C’est une main d’œuvre à bon marché qu’on offre aux employeurs. » ?

Je vous le donne en mille : Laurette Onkelinx.

Mais la même Laurette Onkelinx, suivie en cela par tout son parti et le gouvernement bruxellois n’a pas de problème avec un job sous-payé… pour peu qu’il s’appelle « stage ».

Parce que au fond, quelle différence entre un starter job de caissier chez Delhaize payé 18% en-dessous des barèmes ou un « stage garantie jeunes » chez Delhaize payé 800 € dont 200 par l’employeur ?

Je cite Onkelinx pour clore cette parenthèse : « J’espère que des jeunes nous écoutent et qu’ils réalisent que ce gouvernement s’est moqué d’eux ! »

Mais hier vous avez peu parlé de cela. Au contraire, vous avez parlé de l’accueil de la sixième réforme de l’Etat et notamment de la politique des groupes-cibles. Et je suis tombé de ma chaise quand vous avez dit « ce que j’appellerais la « bruxellisation » des dispositifs ». C’est dingue. Remplacez juste le mot « bruxellisation des dispositifs » par « flamandisation des dispositifs » et mettez ça dans la bouche d’un ministre flamand. Ah le FDF en ferait une tête ! Mais vous faites exactement la même chose ! Oui, vous critiquez le régionalisme de la NVA, mais ce que vous faites c’est du régionalisme.

Un travailleur qui habite à Forest mais travaille à Schaerbeek, et qui déciderait d’aller vivre à Vilvorde parce que c’est plus proche de son travail ou parce que c’est moins cher ? Vous y pensez à ça ? Vous allez arrêter de l’aider sous prétexte qu’il n’habite plus à Bruxelles ?

Quand comprendrez-vous que les problèmes de Bruxelles doivent être résolus dans le cadre d’une communauté métropolitaine ? D’une gestion coordonnée avec ce que les chercheurs appellent l’hinterland économique ? La mobilité, l’emploi, le logement, l’enseignement, etc. Sans une vision large des solutions, on ne résoudra pas les problèmes de Bruxelles. Et on tombera inévitablement dans le régionalisme.

Par contre, là où vous pouvez réellement agir aujourd’hui, on ne voit toujours rien venir. L'affaire des testing anti-discrimination en est encore un bon exemple. Il y a quelques semaines, les experts auditionnés en commission des affaires économiques ont démontré que la Région est compétente sur le sujet et peut mettre en place un dispositif. Alors que la discrimination à l’embauche est un fléau reconnu par tous, vous n’en parlez pas une seule fois dans votre DPG (Déclaration Politique Générale). Le PTB demande qu’au plus vite, une législation soit adoptée en ce sens, pour organiser des testings via des inspecteurs chargés de traquer les discriminations.

Dans un autre registre, vous indiquez que « la Région se dotera aussi d’une ordonnance-cadre de la politique de coopération au développement ».

C’est très bien. Je vous propose d’abord de discuter alors de notre résolution concernant les missions économiques en Israël, introduite il y a deux ans et que les partis de la majorité refusent toujours de mettre à l’agenda.

On espère que ce sera l’occasion de définir des positions fortes et courageuses contre le commerce avec l’Etat d’Israel qui viole les conventions internationales ainsi que les résolutions de l’ONU depuis des années.

Mobilité

Concernant la mobilité, on veut d’abord souligner que certaines décisions (importantes) vont dans le bon sens. On soutient l’extension du métro.

Mais nous ne devons pas attendre l’arrivée du métro avant d’agir aujourd’hui.

Le métro dans 10 ans, c'est bien, mais qu'est ce que l'on fait maintenant?

Parce qu’aujourd’hui, Bruxelles est l'une des villes les plus embouteillées d’Europe. Rien que pour les déplacements domicile-travail, près de 400 000 véhicules y circulent chaque jour. Environ la moitié de ces déplacements en véhicules sont le fait de Bruxellois, illustrant le manque d’alternatives, y compris à l’intérieur des limites régionales.

Ca c’est la situation aujourd’hui.

Les conséquences au niveau de la pollution de l’air sont dramatiques avec des conséquences pour la santé. Cela doit vous/nous pousser à tout mettre en œuvre pour faire baisser la pression automobile pour diminuer la concentration de particules fines.

Vous nous annoncez des mesures pour...2025. Des parkings de dissuasion...payants. Parkings de dissuasion : enfin ! Mais seront-ils publics ? Ou graisseront ils les poches des quelques firmes privées ?

Vous le savez, pour attirer les usagers, le coût du transport ne devrait pas augmenter, c’est-à-dire les parkings devraient être accessibles ou ne coûter qu’une faible somme symbolique. Car nous sommes persuadés que c’est la combinaison du prix, d’une offre attrayante et du confort (capacité, places assises) qui sont des facteurs importants pour réussir le shift modal.

Nous sommes à mi-mandat et il y a urgence, la situation de la mobilité bruxelloise justifie en effet d’agir rapidement.

Avec le PTB, nous proposons des solutions pour améliorer la mobilité à Bruxelles et pour améliorer le report modal de la voiture vers les transports en commun. Et sans investissements importants. En effet, certaines modalités de transports en commun sont actuellement sous-utilisées en Région bruxelloise alors qu’elles permettraient un meilleur déplacement en transport en commun.

Ainsi, 1/4 des Bruxellois verraient par exemple leurs trajets en transport en commun raccourcis, en utilisant les réseaux de la SNCB, de la TEC et de DeLijn en plus de la STIB.

1/3 des bus en Région de Bruxelles-Capitale est offert par De Lijn et la TEC. 
Le reste, 2/3, est l'offre de la STIB. Pourtant, seul 1% des déplacements en Région de Bruxelles-Capitale utilise ces bus TEC ou De Lijn, contre 9% des bus de la STIB. Si les bus TEC et De Lijn étaient utilisés avec la même intensité que les bus STIB, l'utilisation de ces bus par les Bruxellois pourrait être triplée.

Idem avec l’offre SNCB à Bruxelles qui est également sous utilisée. L'étude Rail for Brussels estime qu'une meilleure coordination de l'offre existante pourrait à elle seule participer à une diminution potentielle d'environ 10% du trafic automobile.

Deux facteurs principaux expliquent la sous-utilisation des réseaux interrégionaux. Premièrement, la coexistence de multiples systèmes tarifaires, qui engendrent une certaine complexité et une faible lisibilité pour l’usager ainsi que le surcoût par rapport aux tarifs en vigueur sur le réseau STIB. Deuxièmement, la méconnaissance des lignes TEC ou De Lijn circulant dans la Région bruxelloise.

Nous vous rappelons donc notre proposition de revenir aux tarifs de 2009 et parallèlement à cela, de permettre à tous les usagers d’utiliser tous les types de transports (STIB, TEC, De Lijn et SNCB) à Bruxelles, dans tous les titres de transport (abonnements ou tickets), sans surtarification.

Logement

Le baromètre social 2016 est formel : le coût élevé du logement pèse énormément dans le budget des ménages.

  • 60 % de la population bruxelloise est locataire
  • Le loyer moyen a augmenté de 22%, en plus de l’inflation, entre 2004 et 2015 !
  • Diminution très forte de l'accessibilité : si on ne doit pas dépasser 25% de son budget pour le logement, alors 60% des Bruxellois n'aurait accès qu'à 6% du parc locatif ! (Alors qu'en 2004, 60% avaient accès à 44% de ce parc)

Au-delà des chiffres , il y a des personnes. Mon amie Leila, par exemple, vit avec 950€ par mois, attend depuis plus de 7 ans un logement social. Du coup, elle se loge dans le privé et paye 750€. Elle n'arrive plus à payer ses factures d'électricité et est submergée de dettes.

Des conséquences dramatiques

  1. Une part croissante de la population dépense de plus en plus pour son logement. La majorité des locataires dépense plus de 50% de ses revenus pour son logement. Ils doivent donc diminuer leurs autres dépensens, voir s'endetter.
  2. 25% des locataires se disent obligés d'accepter des logements inadaptés, voir insalubres.
  3. Les gens quittent Bruxelles

Le manque d'accès à un logement de qualité est un réel facteur d'inégalité et de précarisation de la majorité des Bruxellois. Il devient urgent d'encadrer et de baisser les loyers à Bruxelles ! Les loyers ne cessent d'augmenter et de devenir inaccessibles.

Mme Frémault a annoncé qu'elle refusait cette idée car elle veut maintenir une relation d'équilibre entre propriétaires et locataires. Mais actuellement, la situation n'est pas du tout en équilibre !

On doit baisser les loyers sur base de critères objectifs et précis. Mais là encore, vous refusez le débat. Le PTB (et d’autres) a déposé une proposition pour encadrer et baisser les loyers. Mais pour l’instant les partis de la majorité refusent toujours de la discuter. C’est une manie en fait chez vous de refuser de discuter des sujets qui pourraient un peu fâcher.

Pourquoi ne pas prendre ces mesures d'urgence ?

C'est d'ailleurs ce que revendiquaient les associations d'aide au logement et de lutte contre les inégalités qui étaient présentent ici lundi lors de la journée de lutte contre la pauvreté.

Avant les élections, le Parti Socialiste défendait pourtant un principe de grille des loyers. Il y a quelques semaines, les Ixellois recevaient un tract du PS pour dire qu’ils défendaient un encadrement des loyers. 

Nous n'allons pas accepter cela. Nous avons comme objectif de discuter avec des milliers de Bruxellois sur cette alternative et de récolter le soutient de 10.000 habitants d'ici 2019 pour cette proposition.

Question des logements publics et sociaux

On parle d’augmentation des logements publics et sociaux et d'en améliorer la rénovation. Très bien. Mais tout le monde le dit depuis 20 ans. Qu’est-ce qui est nouveau chez vous ? Combien, quoi, quand, où, comment ?

1 Bruxellois sur 2 rempli les conditions pour un logement social et il existe un décrochage complet entre l'offre de logements sociaux et la demande.

  • 45 742 ménages étaient en attente (avant radiations) et il faut en moyenne 10 ans d'attente.
  • il y a 2300 logements sociaux qui sont vides actuellement à Bruxelles. Globalement, on n'arrive pas à faire diminuer ce chiffre depuis plus de 10 ans.

Vous voulez augmenter l'offre de logements publics et sociaux. « Ca, tout le monde peut le faire », dites-vous. Mais vous ne mettez pas d'objectifs chiffrés. Et là, comme depuis longtemps, le gouvernement bruxellois est en-dessous de tout. Il n’arrive même pas à réaliser les objectifs qu’il s’est lui même fixé. Du coup, il a décidé… d’arrêter de se fixer des objectifs. Ca c’est magique !

Vous n’aimez pas qu’on vous rappelle que Françoise Dupuis, ancienne ministre PS du logement, avait promis 5000 logements sociaux en 2004 pour 2009 et qu’en 2014, ils n’étaient que 1500 à être sortis de terre. Du coup, hop, un coup de baguette magique : on ne fixe plus d’objectif chiffré. C’est pas Rudi Vervoort qu’on a devant nous, c’est Rudi Copperfield !

Vous n’aimez pas les chiffres ? Moi je vais vous en rappeler un chiffre : 45 742 ménages. Derrière ce chiffre se trouvent 100.000 personnes. 100.000 personnes.

Vous n’aimez pas les chiffres ? Alors je vais vous donner des noms : Julien, Leila, Charlotte, Karim, Fatima, Ali, Daniel, tous des gens que je connais et qui attendent un logement social.

Et à Julien Leila, Charlotte, Karim, Fatima, Ali, Daniel, à ces 100.000 personnes, vous leur dites : on ne va plus fixer d’objectifs chiffrés.

Le logement doit être un droit pour tous. Pas un moyen pour les 3% de propriétaires qui détiennent 20% des logements de s'enrichir.

Mais nous ne sommes pas manichéens. Nous pouvons aussi reconnaitre que des bonnes choses sont en cours (ou en tout cas avancent). On attend avec impatience le projet d’ordonnance de régionalisation du bail. On espère y trouver des choses positives. Un autre objectif nous semble encourageant: augmenter la lutte contre les logements et bureaux vides. Reste la question des moyens. Vous parlez de faire des appels à projets avec Sociétés de logements sociaux, les commune et les Agences Immobilières Sociales pour qu'ils prennent en mains ces espaces vides.

Avec le PTB, nous prennons un engagement : c’est celui de mobiliser les Bruxellois, d’être aux côtés de tous ceux qui se battent pour un logement décent, des loyers pas chers, des logements sociaux, jusqu'à obtenir des réalisations concrêtes et ambitieuses.